Monchoachi

Sera là lors de notre semaine Poètes des Caraïbes du 24 mai au 1er juin 2014

L’espère-geste

(extrait)

I
1.
Maintenant que s’ouvre l’abîme
Sous le poids des amants
Le monde est-il si proche
Quand l’étreinte nous dissémine
Dans le vacarme de la nuit ?
Pourtant, tu le crois encore
Saisissable.
Peut-être le don de l’abîme, la joie native
Qui nous fait être là,
Dans l’instant même
Dans l’instant seulement, car là-même
Nous sommes émiettés,
Car depuis toujours nous sommes
En perte
Entre un lieu sans recours et une parole
Sans recours
Sans cesse nous allons du paradis
A l’ombre.

2.
Même les morts sont tels eux aussi
Et demeurent étrangement
L’un contre l’autre allongés
Dans la distance.
Non pas vides d’eux-mêmes,
Mais tournés vers leur propre silence
Vers leur désert
Eloignés.
Car ce n’est pas tant la vie qui sépare
Car chacun a en partage le souffle
Mais l’existence
Pour laquelle on se donne tant de mal
Elle qui pourtant n’est rien qu’une image.

Et parler au coeur des hommes
Le poète le doit maintenant, d’un lieu très vaste,
Telle la lune sur la « Terre vaine ».
Et nous entretenir de ce qui nous mêle.
Mais pour l’heure, il faut
Froidement s’arracher
A la démence prolifère
Afin d’entendre encore l’humide respiration
Et le bruit ample des corps rouler sur la terre,
Sur la tourbe et sur l’ocre rouge
Sur les roches brûlantes,
Dans la poussière et la jaserie des venelles,
Tombés là sans gage.

In L’espère-geste © Obsidiane, 2002

monchoachi2Monchoachi, pseudonyme de André Pierre-Louis, né en 1946 à Saint-Esprit, est écrivain et poète. Un rebelle qui résista à l’asservissement des Blancs serait l’éponyme de Monchoachi : une rue de la ville de Rivière Pilote, en Martinique, porte le nom de ce marron. Monchoachi peut aussi avoir quelque lien avec « semer » puisqu’en langue caraïbe, il signifie « maïs ». Il pourrait aussi bien désigner « celui qui se réfugia dans la montagne » à la manière d’un célèbre mythe indien. Sa poésie, qu’elle soit en langue créole, ou en langue française, se nourrit fortement du rapport au monde, sensible dans la parole créole. Il y trouve notamment, par la forte prééminence accordée au corps, une vitalité, une richesse qui posent la langue comme lieu de résistance. Il est le fondateur du projet Lakouzémi (la revue et les journées-rencontres). Rrécompensé par le Prix Carbet de la Caraïbe et le Prix Max-Jacob pour son œuvre L’Espère-geste, Obsidiane (2003).

Dernières publications :

La Case où se tient la lune, Bordeaux, William Blake & Co éd., 2002
Espère-geste, Obsidiane, 2002
Paris Caraïbe : le voyage des sens, Atlantica, 2002
Lémistè, Obsidiane, 2012

 


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