Marko Pogačar

Juillet, inachevé

Ceci est la ville
un plateau que la nuit approche trop lentement
un plateau en feu, mais la nuit tombe quand même

c’est une grande ville
et pourtant rares sont ceux qui préparent les fêtes

juillet

cette pression, un tronc sous la tête de l’année
le tragique de notre époque.

c’est la ville, c’est la ville, entendez-vous
les kiosques ouvrent leurs paupières un par un
la pluie vire en vapeur dans l’instant, notre peuple dans le ciel
le peuple dans le corps de la cheminée

j’aime tout de même quand les jours filent plus vite dans hier
plus vite, tels les hérissons furieux qui s’enfuient
dans le cauchemar des grasses broussailles cellulaires

oui, de plus en plus de soleil au sommet du crâne
et j’ai de plus en plus de mal à affronter les faits
le peuple dans le ciel est enchaîné par les étoiles
comme Gould là-haut, au Canada, par toute une forêt d’étoiles

ici bas c’est juillet et la peau brûle
tout autour s’étire la Croatie, boomerang idiot
les incendies, les transats, ciselage du poème

lorsque les vêtements sèchent trop vite
et que la mort trouve assez de place dans les trois points
à la fin de la phrase inachevée.

Traduit du croate par Martina Kramer, anthologie Poésie au cœur du monde, éditions de la Biennale Internationale des Poètes en Val-de-Marne (à paraître)

Marko Pogačar est né en 1984 à Split. Il termine un doctorat de littérature comparée à l’université de Zagreb. Son premier recueil de poésie en 2006 a reçu deux prix littéraires. Il est rédacteur des revues littéraires Zarez et Quorum, et membre du comité de l’un de plus vieux festivals de poésie en Croatie, Goranovo proljece. Traduit dans une quinzaine de langues. Sera présent au festival de l’Oh! aujourd’hui et demain, et dans diverses manifestations durant tout le  festival Poésie au coeur du monde du 24 mai au 2 juin 2013.


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