Kim Yi-Deum

Etrange langue maternelle

mon cousin est venu.
un jour soudain mon cousin est venu chez moi à la campagne.
un jour soudain mon cousin après avoir traversé un chemin tortueux de montagne et une colline, une ruelle et descendu un escalier de pierres a frappé à une petite porte en bois.
un jour le cousin qui a frappé soudain à ma porte dans la soirée était peut-être bien cousin au cinquième degré ou au huitième degré.
Je me suis demandé si je n’avais pas une hallucination.
un jour soudain le cousin venu me trouver comme un homme transpercé par un couteau qui avait eu un accident de voiture ou subi un viol collectif s’est effondré devant ma porte comme un homme couvert de blessures.
je tire mon cousin à l’intérieur et transporte son énorme sac brun et je ferme la porte.
le monde extérieur disparaît.
j’apporte de l’alcool de riz pour le donner à mon cousin.
le manteau noir de mon cousin est tout gonflé et de ses chaussettes se dégage une odeur absolument infecte.
mon cousin disait qu’à cette époque il ne pouvait pas vivre dans un monde comme une prison semblable à un tribunal gigantesque.
avec une étrange langue maternelle la langue paralysée,
le cousin disait cela depuis longtemps.
le cousin qui penchait plutôt du côté de Mick Jagger des Rolling Stones alors que nous avions opté finalement pour le « Yellow submarine » des Beatles était parti loin.
l’été d’avant j’étais allée à Manhattan rencontrer mon cousin. je suis partie à la recherche de l’adresse donnée par la maman de mon cousin, partout on m’a dit qu’il n’y avait pas ce genre d’étudiant étranger pendant plusieurs jours j’ai flâné dans un jardin plein d’odeur de crottin de cheval.
le cousin comme quand il découvrait un chat dans une forêt, de son manteau noir et large a sorti quelque chose.
c’est un enfant, un enfant aux pupilles vertes.
mon cousin est allé dormir dans mon lit.
le cousin venu un jour soudain me trouver a dormi calmement en se frottant la joue.
je voyais dans ses pupilles vertes le nouveau-né aux joues blanches. Enroulant l’enfant ruisselant dans une couverture je suis sortie.
ah ça, le vent était glacial. qui sait si la première neige ne va pas tomber
en toute hâte je traverse le jardin monte l’escalier en pierres j’entre dans la ruelle.
dans la rue, un vent noirâtre souffle et les gens qui passent tout près transmettent secrètement dans mes oreilles le chuchotement de raillerie et calomnie.
la sueur coule.
évitant l’eau boueuse, j’avance et j’entre dans un magasin de banlieue qui vendait des marchandises sans importance.
j’ai pris des couches pour bébé et un litre de lait et je les ai posées sur le comptoir.
jetant des regards de tous côtés, le propriétaire les employés ne se montraient pas. Il n’y avait rien de plus.
quelle est cette odeur ?
cet air chaud ?
comme un casque de moto, le radiateur petit et rond glisse sous mon talon. la chaleur dans mon dos s’enroule et se colle comme une couverture.
je pousse un hurlement et je bondis à l’extérieur.
c’est un monde complètement fermé.
un jour soudain je frappe quelqu’un par derrière, je me débats, je pleure.
avec la première neige, il n’y a rien dans la rue.

In Amante, traduit par Patrick Maurus

kimYideum

Sera l’un des poètes invités dans le cadre de notre prochaine biennale Ce lointain si proche (30 mai – 8 juin 2015). Programme en ligne !

Kim Yi-Deum est diplômée de langue et littérature allemandes de l’université de Pusan et de langue et littérature coréeennes de l’Université de Gyeongsang où elle enseigne aujourd’hui. Elle a commencé à publier de la poésie en 2001 et compte aujourd’hui cinq recueils et un roman. Aucune publication en français à ce jour. En 2012, elle a obtenu une résidence d’écrivain à Berlin.


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