Keorapetse Kgositsile

Vers une marche au soleil

Le vent caresse
l’aube d’un jour nouveau
Un rêve : la naissance
du souvenir

Qui sommes-nous ? Qui
étions-nous ? Les choses ne peuvent pas continuer
comme avant.
Toute la nuit nous rirons
derrière les masques nouveaux du Temps. Quand l’instant
aura mûri dans la matrice du Temps nous ne nous
plaindrons pas.
Où, oh où sont
les hommes aux allumettes
la mèche pour brûler la neige
qui gèle les désirs esquissés vers le ciel ?
Toi qui as avalé tes couilles pour un peu d’or
beau de loin mais loin d’être beau
parce que teint du pus sorti des ampoules de ton frère
Toi qui te traînes plus bas qu’un serpent sur son ventre
parce que tu as englouti ta conscience
et vendu ta sœur à des salauds sans âme
Toi qui as délavé jusqu’au tréfonds l’esprit de ta fille
jusqu’à ce qu’elle porte des monstres au cerveau blême
Toi qui as blanchi le sexe de ton fils
Jusqu’à ce qu’il bave dans la boue d’une iniquité aux yeux de missionnaire
Toi qui te caches derrière l’ombre de l’hypocrisie institutionnalisée de ton maître
Ton âme gourde d’être à genoux
pour attraper les miettes qui tombent de la table de ton maître
avant que de courir empoisonner ta propre mère.
Toi et ton rictus forcé toi qui dis toujours à tes maîtres
Moi j’ai un passé glorieux… j’ai du rythme…
Moi j’ai ci… moi j’ai ça…
Ne sais-tu donc pas que je connais tous tes mensonges ?
Le seul passé que je connaisse c’est la faim non assouvie
Le seul passé que je te connaisse c’est suer sous le soleil
et recevoir dans ton ventre vide un coup de pied
de ton maître dont la panse est bien tendue
et le rythme ne remplit pas un estomac vide
Qui sommes-nous ? Toute la nuit j’écoute le rêve
qui monte comme la marée.
Je brûle de trancher des gorges
et de teindre la vague du sang des méchants
en sacrifice aux dieux.
Oui, la douleur est lovée autour des choses
Où sommes-nous ? Le souvenir…
Et tous ces mensonges durant toutes ces années !
Toi aussi là-bas tu as déplacé le cauchemar
l’écume éternellement à la bouche
clamant ta colère éternellement…
Simple formalité car ta vue est teinte de neige.
Qu’a donc à faire ma faim avec un sacré poème ?
Ce vent que tu entends c’est la naissance du souvenir.
Quand l’instant aura mûri dans la matrice du temps
Les paroles ne seront pas artifice.
Le seul poème que tu entendras sera la pointe de la lance
tournant dans la moelle perforée des méchants ;
l’enfant du pays se débarrasse du temps dansant
comme un fou aux rythmes retrouvés du désir
qui se fondra dans le souvenir.

In L’aube d’un jour nouveau © Silex éditions


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