Karen Press

Le tikolosh

« C’est le tikolosh¹
qui a tué mon enfant, c’est le tikolosh »,
Elle ne voulait pas en démordre. « Je l’ai vu. »
On a eu beau lui montrer l’impact des balles,
trouver les douilles vides et les lui montrer,
elle n’y voyait qu’une preuve de plus.
« Puisque j’ai même vu le pistolet. Le tikolosh en avait un gros. »

L’idée d’un procès lui plut.
« Ça effraiera les mauvais esprits », dit-elle,
« même si ça ne fait pas revenir mon pauvre gosse. »
Le policier au banc des accusés était gêné
qu’elle le prenne pour un tikolosh.
Á la fin il explosa, « C’était moi
vieille folle, c’était pas un esprit nègre
qui tenait le pistolet, je sais tirer moi! »

Quand on l’emmena, elle insista pour l’approcher,
lui toucha la main, il fut bien forcé de la regarder,
elle lui dit, « pauvre type, un esprit vous hante
et vous ne le connaissez même pas. »

Dans sa prison, il pleura longtemps,
car la vieille avait raison.

In Poèmes d’Afrique du Sud, traduit de l’anglais par Katia Wallisky © Actes Sud / Éditions UNESCO

¹ Le Tikolosh, Tikoloshe, Tokoloshe ou Hili (du Xhosa utyreeci ukujamaal), est un esprit maléfique lié à l’eau dans la mythologie zoulous. Il peut devenir invisible en avalant un galet.(cf Wikipédia)

Karen Press, née au Cap en 1956, est écrivain et éditrice depuis 1987, année où elle co-fonde la maison d’éditions Buchu Book. Elle a publié huit livres de poésie, un scénario de film, des nouvelles ainsi que des outils pédagogiques pour l’éducation. Des traductions de ses poèmes dans deux anthologies : Afrique du Sud, une traversée littéraire, Institut Français, 2011 et Poèmes d’Afrique du sud, Actes Sud, 2001. Elle est invitée à notre prochain festival Poésie au cœur du monde du 24 mai au 2 juin 2013. Toutes les informations sont sur le site.


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