Bruno Grégoire

Ne prends rien au monde

NE PRENDS RIEN AU MONDE, fais de tes mains les chevelures d’une vie
_____oubliée,
le bruit des ailes qui nous manquent, le vent et la soif
en nous comme a glissé sur ton corps
la robe du temps perdu ;
comme un train enfonce l’obscurité que taisent les anges, et nous
_____sommes vivants :
l’obscurité, le silence dont nous désignent
les victimes extasiées, les maîtres en extase.

Qui es-tu depuis toujours ? T’es-tu souvenue aussi des pierres sans
_____forme sous la neige,
d’une lueur qui luttait dans nos racines
loin des traces de pas, des cendres foulées ?
Qui es-tu maintenant que je peux lire dans ton sommeil,
dans les éclats de verre, de miroir où ton enfance crie
jusqu’à ne plus savoir rien
de ton visage, que son humanité —

et lire dans la terre là où elle crie pour mieux devenir la terre
à des années-lumière du premier livre écrit dans l’ombre d’une main,
avant même que nos morts n’aient pu défier la sorcellerie des étoiles,
quand l’adieu fut cet animal clair qui trompe le poème, joue avec la
_____nuit ?
L’adieu, tout ce qui nous appartient…
Qui es-tu si nos mémoires mêlées sont aussi douces que l’air
sur le tranchant d’un roseau ?

In L’usure l’étoile, © Obsidiane

BrunoPoète et traducteur, né en 1960 en Lorraine. Enfance et adolescence partagées entre l’Afrique noire et la France. Brèves études de cinéma et autres voyages (Maroc, Algérie, Grèce, Niger, Guatemala, Mexique, et plusieurs pays d’Afrique noire). Vit  d’activités littéraires diverses. A été membre du comité de lecture du Mâche-Laurier, de Po&sie  et aujourd’hui de la revue en ligne Secousse.


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